vendredi, 17 avril 2009
La Nouvelle raison du monde de Pierre Dardot et Christian Laval
Qui le sait ? Le néolibéralisme n’est pas une politique du laisser-faire et il n’est pas né dans les pays anglo-saxons avec Tatcher et Reagan au début des années 80, mais en Europe, et même en France.
Le colloque Walter Lippman, qui s’est tenu à Paris en 1938 en représente le moment fondateur. Son maître d’œuvre fut le philosophe français, aujourd’hui oublié, Louis Rougier. C’est lui qui introduisit le terme de néolibéralisme.
Le modèle néolibéral, c’est celui de l’entreprise qui est parvenue à conquérir la sphère politique et la sphère subjective. Désormais, l’Etat et l’individu doivent eux aussi fonctionner comme des entreprises, mieux, c’est-à-dire pire, être des entreprises. Le droit privé devient le modèle du droit public et finit par l’absorber. Le marché n’est pas seulement un espace social, extérieur, il devient un processus de formation de soi. Etudes payantes, emprunts, placements à long terme, constitution d’une épargne retraite individuelle : cette capitalisation de la vie individuelle fait de chacun l’entrepreneur de sa vie et, en même temps érode les logiques de solidarités.
Le néolibéralisme n’est pas une idéologie passagère condamnée à s’effondrer avec les Bourses. Il est, disent les auteurs, une norme de vie. Ceux-ci ne croient pas du tout que la crise actuelle sonne le glas du capitalisme néolibéral. Face à cette situation, source de fatalisme, il n’y a pas de solution frontale, unique, mais des issues. Ainsi est-il possible de promouvoir des contre-conduites : refuser de conduire son existence comme une entreprise, refuser de se conduire vis à vis des autres selon la norme de la concurrence. Pour commencer. Le pire n’est pas impossible. Restent les capacités de résistance.
Claire
La Nouvelle raison du monde, Pierre Dardot, Christian Laval, La découverte, 26 €
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jeudi, 16 avril 2009
Robert Castel sera notre invité le 13 mai 2009
La Montée des incertitudes de Robert Castel

Auteur, entre autres, d’un imposant travail sur les Métamorphoses de la question sociale, le sociologue Robert Castel brosse, dans ce nouvel ouvrage, un tableau des grands mouvements de fond travaillant les sociétés contemporaines et rappelle, surtout, la centralité du travail dans la compréhension des récentes mutations sociales.
L’auteur réaffirme, tout d’abord, que la « société salariale », qui s’est lentement construite sur un compromis entre les intérêts du marché et ceux des travailleurs au cours des 19è et 20è siècles, ne s’est pas engagée dans un processus d’effondrement mais d’effritement.
Pour autant, les conclusions pessimistes que le sociologue livrait en 1995 n’ont pas été démenties depuis le début du 21ème siècle. La société contemporaine demeure extrêmement conflictuelle, traversée de tensions contradictoires et d’incertitudes. Des formes de travail, en deçà de l’emploi, ont surtout eu tendance à s’imposer, multipliant ainsi les sources d’inégalités et de subordinations. Le « précariat » constituerait ainsi un régime en soi de l’organisation du travail. Et c’est plus généralement à une destruction des régulations et protections collectives qu’ont semblé œuvrer ces différentes tendances au cours des quinze dernières années.
Robert Castel refuse cependant de verser dans le catastrophisme et pense que la fameuse « crise » que traverserait l’Etat social ne remet pas pour autant en question la nécessité d’instances nationales de régulation. S’il suggère une certaine prudence à l’égard du concept d’Etat social actif, dont il redoute qu’il conduise parfois à des disparités de traitement, l’auteur n’en souhaite pas moins un volontarisme politique permettant de renforcer les capacités de chacun. Une telle situation passerait notamment par le « redéploiement du droit » autour des trajectoires individuelles.
Claire
La Montée des incertitudes, Robert Castel, le Seuil, 23 €
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La Diversité contre l’égalité de Walter Benn Michaels

Le paradoxe est flagrant : au moment même où l’élection du métis Barack Obama fait entrevoir l’avènement d’une Amérique postraciale, la France républicaine découvre, avec quelques décennies de retard, les vertus de la « diversité ». A rebours d’une Amérique qui s’interroge sur la validité des catégories raciales, l’héxagone est tenté par la rhétorique identitaire, voire les statistiques éthniques. Avec l’art délectable de l’autodérision, WB Michaels, professeur de Littérature à l’Université de l’Illinois à Chicago, signe un pamphlet décapant. Ce petit livre nous met en garde contre l’adoption d’un modèle qui, séduisant en apparence, porterait en lui la destruction d’une valeur centrale : l’égalité.
Nouvel opium du peuple, la dévotion pour la diversité permettrait d’évacuer la question sociale et faciliterait la soumission à l’ordre inégalitaire établi. La religion du « respect » des pauvres, transfigurés en personnes « différentes » ou perçus à travers la couleur de leur peau, justifierait le maintient du statut-quo social.
A l’appui de sa démonstration, l’auteur souligne que le succès de la « diversité » aux Etats-Unis a coïncidé avec une augmentation vertigineuse des inégalités de richesse depuis les années 80.
Parfois caricatural, mais sauvé par son ironie, l’ouvrage plaide de fait pour la défense du prétendu « modèle français » égalitaire.
Claire
La Diversité contre l'égalité, W.B.Michaels, Raisons d'agir, 7 €
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jeudi, 05 mars 2009
Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine de John J Mearsheimer et Stephen M.Walt
Pourquoi les Etats-Unis fournissent-ils un soutien matériel et diplomatique aussi considérable et aussi constant à Israël ? Telle est la question à laquelle entendent répondre les auteurs de cet essai, tous deux universitaires américains réputés. Ils démontrent que ce soutien ne peut s’expliquer ni par des intérêts stratégiques communs ni par des impératifs moraux : il est surtout dû à l’influence d’un lobby [au sens politique du terme : groupe de pression] qui travaille activement à l’orientation de la politique étrangère américaine dans un sens pro-israélien. Ce lobby poursuit notamment une stratégie de pression sur le congrès par le biais de l’AIPAC (American Israel Public Affaires Committee), l’une de ses principales organisations. Il exerce également une influence considérable sur l’administration, l’université et les media américains. Le lobby pro-israélien a ainsi joué un rôle clé dans la politique américaine au Moyen orient sous l’administration Bush au nom de «la lutte contre le terrorisme». Par cet exemple les auteurs ouvrent un débat nécessaire pour l’avenir de la paix dans cette région du monde.
Claire
Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine de John J Mearsheimer et Stephen M.Walt, La découverte, 12 euros
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La privation de l'intime de Michael Foessel

A l’ère du storytelling et des spin doctors il n’est pas difficile de constater que la politique est devenue une vaste entreprise de communication dont le modèle est celui de la publicité. Il s’agit de nous vanter les qualités et mérites personnels d’un prétendant aux fonctions publiques : l’exhibition de la vie privée a pris le pas sur les problèmes politiques réels et partagés par tous les citoyens.
Ce livre veut circonscrire l’origine d’un sentiment : celui de subir une offense politique. Nous le ressentons chaque fois que les hommes et femmes politiques mettent en scène leur vie sentimentale pour nous persuader qu’ils seront de bons représentants de nos intérêts, parce qu’ils sont sensés nous ressembler.
Citoyens d’une démocratie moderne, nous souffrons du fait que cette instrumentalisation de l’intime à des fins de réussite électorale apparaît comme une menace pour la démocratie elle-même ; Il s’agit alors de se demander avec l’auteur ce qu’est l’intime en tachant de comprendre « quelle forme d’alliance singulière s’est nouée dans la modernité entre la liberté expérimentée dans ses rapports personnels et celle du citoyen » (p.16).
Claire
La privation de l'intime de Michael Foessel, Le Seuil, 13 euros
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